LE BAL DES FAMILLES AUTREFOIS
d'après l'enquête de Lucien Lariche

Nous sommes en 1912. Les époux Ferrières, un couple de Cantaliens*, viennent d'acheter un fond avec hôtel au 27 rue de Lappe. Ils ont choisi de s'installer au coeur de la colonie auvergnate avec l'intention d'y ouvrir un bal musette. Ils obtiennent l'autorisation de faire bal les samedis, dimanches et jours de fêtes. Immédiatement, leurs compatriotes s'y pressent pour se rencontrer et danser sur un air du pays.
Comme on peut lire à l'époque dans l'Auvergnat de Paris, les danses à l'honneur sont la polka, le scottish, la valse, et surtout la bourrée au rythme obsédant, dont les notes s'envolent au milieu d'une cascade de grelots.
En 1926, les Souliès, originaires du Cantal reprennent le café hôtel bar. Parmi les relations de la famille, figurent les Bergheaud. Leur fille Anne-Marie évoque l'ambiance du bal à cette époque:
"On y entendait la cabrette** et de temps en temps un accordéon. On rencontrait des gars employés chez les bougnats et des filles gagnant leur vie comme bonnes à tout faire. Une fois la semaine finie, ils se retrouvaient pour s'amuser en dansant sur des airs de chez nous."

En 1942, Antoine Bergheaud, son père devenu veuf, épouse Jeanne Souliès veuve elle-même.
Après la guerre ils rouvrent le bal. La maison s'est mise au goût du jour et l'accordéoniste a pris la place du cabrettaïre. Désormais, on joue un peu toutes les musiques, de la bourrée à la valse musette, en passant par le tango, la rumba et tous les airs à la mode. Mais quand des musiciens auvergnats comme Jean Bergheaud, célèbre cabrettaïre, viennent faire le beuf la tradition reprend et c'est reparti pour une bourrée des familles.
En 1950, souhaitant se retirer au pays, les époux Bergheaud cèdent le fond de commerce à la famille Dauzet. Dans ces années 50 le bal est très fréquenté, souvent à la limite de sa capacité. Certaines soirées déguisées particulièrement agitées, des démonstrations de hoolla-hoop, des danses du tapis débordant dans la rue, laisseront des traces dans les mémoires.
Le bal ferme en 1965, et le fond est vendu deux ans plus tard par le fils Jacky Dauzet l'accordéoniste. Aujourd'hui, c'est un café hôtel à l'enseigne des Sans-Culottes.

*Originaires du Cantal, un des trois département de l'Auvergne.
**Instument à vent traditionnel du centre de la France, actionné avec le bras.

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la famille Bergheaud devant le Bal de Familles en 1947